Jeudi 27 décembre 2007

J'étais rentré ce soir-là chez moi on ne peut plus mal disposé. Imaginez telles que vous voudrez des tribulations qui peuvent atteindre et blesser un homme de mon humeur et de ma profession. Un imprimeur avait tiré sans mon avis une feuille pleine de fautes ; le journal du soir m'avait montré mon dernier livre traîtreusement loué par un ami ironique ; ou tout autre malheur aussi grave.

Les éléments conspiraient ce soir-là contre moi avec les hommes. Une tempête de vent et de pluie faisait ruisseler mes vêtements. Je m'en revenais barbotant et marmottant, navré, énervé, dégoutant et dégoûté, une main sur mon chapeau pour l'empêcher de s'envoler, l'autre serrant mon pardessus sur ma poitrine. Jamais les douze coups de minuit ne sonnèrent d'une voix plus sinistre à l'horloge du palais des Quatre-Nations.

Rentré chez moi, je me dis, en mettant la tête sur l'oreiller : - EH BIEN, JE BOUQUINERAI DEMAIN ! et je m'endormis sur cette pensée consolatrice, qui me faisait entrevoir les quais éclairés d'une lumière douce et gaie, et les parapets émaillés de volumes de toutes couleurs.

L'ouragan grondait toujours ; l'averse fouettait de plus belle ; mais, à cette heure, étendu chaudement entre mes draps et avec une telle perspective pour mon réveil, je pouvais en toute sûreté répéter les vers de Lucrèce.

Fût-ce un rêve ? je voudrais le croire ; mais comment le pourrais-je ? J'ai fait du rêve et de ses manifestations l'étude de toute ma vie, et je sais à n'en pouvoir douter que le rêve n'est ni allégorie, ni une fantasmagorie, mais un langage par correspondance signifiant les idées par leurs analogies naturelles et les faits matériels par leurs contraires. Si donc Dieu m'eût voulu punir de ma sensualité littéraire, de ma libricité, peut-être m'eût-il effrayé par l'image de l'enfer des voluptueux qui, suivant Swedenborg, sont plongés, les uns jusqu'à la ceinture, les autres jusqu'au menton, dans un lac fétide. Peut-être, s'il m'eût voulu convaincre de la vanité de mes plaisirs, m'eût-il représenté à moi-même comme on voit les Allemands, au fameux chapitre des Allemands dans le monde spirituel, portant sous leur bras des livres, et répondant à quiconque les interroge sur leur foi, leurs idées, leurs conceptions philosophiques en feuilletant un volume pour les y trouver. Ils expient ainsi leur dévotion immodérée pour la chose imprimée. - Mais Dieu, à coup sûr, ne m'eût point soumis au supplice sans moralité et sans conclusion que j'endurai pendant plusieurs heures ; et surtout, il ne m'eût pas envoyé l'étrange vieillard que j'aperçus tout à coup debout dans un coin de ma chambre, et furetant avec des précautions de connaisseur dans les rayons de ma bibliothèque.

Chapitre IV par Charles Asselineau

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Mercredi 26 décembre 2007

Enfin voyez-le sur les quais, notre amateur. - Il sait et répète avec tout le monde depuis vingt ans qu'on ne trouve rien sur les quais. Mais il peut se faire qu'en dix ans une seule occasion se présente. Et cette occasion-là, il ne veut pas que d'autres que lui en profitent. Il a pour lui les autorités : Nodier et Parison, par exemple, qui trouvèrent sur les quais l'un le Marot d'Étienne Dolet, l'autre le César de Montaigne, payé à sa vente quinze cent cinquante francs, et qui lui avait coûté dix-huit sous !

En général, l'amateur des quais est celui dont les manies sont les plus curieuses et les plus folâtres. Le client des ventes publiques et des libraires recherche et paie fort cher des livres parfaitement accrédités et cotés, de bonnes éditions des classiques, les Barbou, les Elzévirs, etc., etc. Le client des quais s'est buté à une spécialité encore inconnue et qui fera fureur plus tard.

Là se collectionnent les journaux, les revues, les brochures, les mémoires, les bribes négligées et qui, au bout d'un certain temps, deviennent introuvables. Essayez de chercher telle gazette d'il y a seulement vingt ans ! La Bibliothèque Impériale ne l'a pas ou ne l'a qu'incomplète. Si vous persistez dans vos recherches, un libraire vous dira quelque jour qu'il n'en existe qu'un exemplaire complet chez M. un tel, qui l'a acheté numéro par numéro sur les quais pendant dix ans.

Aussi l'amateur des quais est-il nécessairement un littérateur qui connaît son avenir. Riez tant que vous voudrez, en lui voyant acheter des babioles dont vous ne voudriez pas pour rien, il se console en disant en lui-même : - dans dix ans, dans vingt ans, tu viendras me les demander à genoux ; tu ne les auras pas !

C'est sur les quais que se forment les collections impossibles, que se ramassent les riens qui vaudront de l'or. Aussi, s'il ne faut à l'amateur ordinaire que de l'argent et du goût (et encore chez plus d'un d'entre eux le premier supplée le second), il faut à l'amateur des quais, généralement pauvre et sans crédit, outre une patience de fourmi, le génie d'un inventeur.

Venez donc sur les quais. Vous n'y rencontrerez ni M. de Rothschild, ni M. Solar, mais vous y verrez par bonne fortune Ph. B., qui, par amour de l'antithèse, encadre son visage de trente ans d'une chevelure de platine, collectionnant avec fureur les numéros épars des revues anglaises et américaines ; L..., le poëte tragique, trottant comme un éléphant armé en guerre, les bras chargés de curiosités inconcevables ; C..., le peintre philosophe dont le coeur tressaille à la découverte d'un Enchiridion d'Epictète ; A..., l'adorateur du romantisme qui ramasse jusqu'aux débris des vers de Pétrus Borel et des vignettes de C. Nanteuil.

Que de passions ! que de folies ! hélas ! que je croyais innocentes. - Écoutez donc comment mon péché me fut révélé.

Chapitre III par Charles Asselineau

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Mardi 25 décembre 2007

Je parle ici de l'amateur - chasseur, et chasseur actif, qui ne s'en rapporte qu'à lui-même et pour qui le libraire expert est un ennemi naturel dont il se défie.

Celui-ci, voyez-le au matin de chaque vacation d'une vente, retourner, ouvrir, feuilleter avec une curiosité fébrile chacun des volumes exposés. Rien ne lui échappe, ni une tache, ni une mouillure, pas même une simple piqûre, pas même un raccord dans le titre ou une rognure d'un demi-millimètre. Le libraire chargé de la vente le regarde avec mauvaise humeur ; car il sait que de lui il n'y a pas de commission à attendre. Voilà le véritable amateur : tel vous le retrouverez le soir, à la vente, enveloppé dans son manteau, le collet relevé sur sa moustache, le chapeau rabattu sur son nez, caché dans un coin, et se dissimulant de son mieux pour ne pas éveiller l'attention de ses ennemis les libraires, car il sait qu'ils sont capables, par esprit de corps, de se coaliser pour lui enlever un volume.

Le moment venu, il se faufile en se courbant derrière ses voisins et se glisse jusqu'à l'oreille du crieur, auquel il souffle son enchère. On en a vu d'assez subtils pour se faire accompagner d'un ami inconnu qu'ils placent à quelques pas d'eux, dans les rangs des acheteurs, et auxquels, le dos tourné au bureau, ils transmettent par signes convenus leurs volontés.

Mais aussi, quel triomphe pour l'amateur quand le volume poursuivi lui est adjugé ! avec quel orgueil il se redresse et rejette son manteau, en lançant un regard ironique au vendeur ! - On va payer ! - L'amateur véritable paie toujours comptant, pour n'avoir obligation à personne. Son compte fait et réglé, il met son emplette dans sa poche, et s'en va fièrement sans même porter la main à son chapeau.

- Ah ! le gaillard ! c'était pour lui ! se dit le libraire qui le regarde partir avec envie. Jalousie légitime ! car pour lui l'amateur est pire qu'un ennemi, c'est un rival. Il connaît à fond la valeur des livres. Il a fait une longue étude des catalogues avec prix, dont il a chez lui toute une collection. Il sait à n'en point douter d'où provient tout exemplaire mis sur table, et à quels prix il a été successivement coté depuis soixante ans. C'est son plaisir de dévoiler toutes les petites ruses du catalogue. Tel volume est marqué comme provenant du cabinet du comte d'Hoym. - «C'est une erreur ! L'exemplaire du comte d'Hoym a été acheté par un tel et revendu après sa mort en 18.. ; il appartient aujourd'hui à M. un tel ; celui-ci provient de la vente Aimé Martin, et il est de condition bien inférieure».

Du reste, cette inimitié de l'amateur et du libraire ne dure pas au delà du champ clos de la vente publique. Dans sa boutique, le libraire est pour l'amateur plein de déférence et d'attention. Il le fait causer pour obtenir de lui des renseignements. On a vu des libraires assez consciencieux pour refuser le prix d'un livre, suffisamment payé, disaient-ils, par les indications recueillies pendant une heure d'entretien.

Chapitre II par Charles Asselineau

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Lundi 24 décembre 2007
... Oui... l'Enfer ! N'est-ce pas toujours là qu'il faut en venir, tôt ou tard, dans cette vie ou dans l'autre, ô vous tous qui avez placé vos joies dans des voluptés inconnues au vulgaire ?

L'amoureux a l'indifférence ; le joueur, la pauvreté ; l'ambitieux, l'impuissance ; l'artiste, l'obscurité et l'envie ; le paresseux, la famine ; l'avare, la ruine, et le gourmand, l'indigestion.

Mais pourrait-il y avoir un enfer pour une innocente manie, qui se repaît d'elle-même et qui tourne à l'honneur des lettres et de la patrie, en faisant subsister quatre ou cinq industries ? Je ne l'aurais pas cru.

Il y en a un pourtant. Je le sais aujourd'hui, car j'en reviens :

«Je suis, je suis celui qui reviens de l'Enfer du bibliophile». Me demanderez-vous pour quel péché l'on y souffre ? Je vous répondrai : Faisons de bonne foi notre examen de conscience ; et dites-moi s'il est une seule manie, même la plus innocente, qui ne les contienne tous : cupidité, luxure, orgueil, avarice, oubli du devoir et mépris du prochain ? Aussi voyez-les tous, ces picoreurs de fruits défendus, interrogez leur oeil au moment de la jouissance, et dites-moi s'il n'y a pas dans leur regard quelque chose de la passion du joueur et de la férocité du libertin ! Observez seulement le mouvement de joie sauvage ou enfantine par lequel ils serrent dans leur poche ou sous leur bras l'objet longtemps convoité, et puis calculez l'effet d'une telle passion doublée, ne fût-ce que pendant un jour, de la puissance d'un Néron !

Je ne parle pas, bien entendu, de l'amateur indolent et riche qui ne chasse que par procuration et s'en remet, pour ses acquisitions aux soins d'un bouquineur émérite auquel il donne carte blanche, et qui le méprise ; oui, qui le méprise, comme le garde-chasse et le braconnier mépriseront toujours le maître lâche et maladroit qui triomphe par leur adresse.

 

Ces beaux chasseurs de circonstance,
Savez-vous à quoi cela sert ?
Quand ils fêtent leur Saint-Hubert,
C'est moi qui fournis la pitance !

Ainsi parle le braconnier dans la chanson de Pierre Dupont ; ainsi pense, soyez-en sûrs, tout connaisseur qui fait lever le gibier littéraire pour le festin des traitants et des banquiers.

Chapitre I par Charles Asselineau

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Samedi 22 décembre 2007
Voilà c'est fait. Il ya quelques temps déjà que ça me trottait dans la tête comme une idée fixe. Un ami me dit:"Vous utilisez quand même énormément de mots très spécifiques à votre domaine. Vous, les libraires vous avez fait en sorte de parler du livre sans que personne ne vous comprennes." 
Réflexion-Action. J'espère que ce lexique sommaire de la bibliophilie contentera votre soif de savoir.

Bibliographie:
1-Cim, Albert, Le livre, Paris, Flammarion, 1923, 5volumes.
2-Robert, Paul, Le petit Robert, Paris, Le Robert, 1986.
3-Alpha encyclopédie, Paris, Grange Batelière, 1969.
4-Encyclopédie universelle illustrée, Montréal, Les Éditions Maisonneuve, 1970.
5-Billoux, René, Encyclopédie Chronologique des Arts Graphiques Paris, Par l'auteur, 1943.

Merci encore à Martin Frenette.
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Jeudi 20 décembre 2007

descriptiondunlivrereliure700.jpgLe livre a été fabriqué pour être lu, mais aussi tenu dans les mains, conservé, aimé, offert ... Cet objet est toute une histoire.

Pour connaître le FORMAT d'un livre, il faut savoir celui de la feuille qui a été pliée : en deux : in-folio ; en quatre : in-quarto = in-4° ; in-octavo = in-8° ; en douze : in-duodecimo = in-12°, in-16°…

La RELIURE (couvrure) peut être en papier, toile, soie, peau (pleine reliure ou demi-reliure); le cuir du veau brun ou blond, du maroquin (peau de chèvre), du parchemin ou de la basane (cuir très souple obtenu à partir d’une peau de mouton tannée). La reliure peut être décorée (fers, fleurons…). Elle est composée d’un plat et d’un contreplat, d’un dos et d’un intérieur reliure.

Le CORPS D’OUVRAGE est emboité dans la couvrure et ne tient à elle que par ses gardes (feuilles de garde) collées aux plats. Le livre fermé, la partie visible du corps d’ouvrage est appelée la tranche. Elle peut être dorée, jaspée, marbrée, peinte… Dans les livres anciens, le tout est cousu à des nerfs simples ou doubles.
A l’intérieur, le texte a sa propre typographie, et parfois des images telles des gravures (frontispice, gravures à pleine page ou dépliantes, bandeaux, vignettes, fleurons, culs-de-lampe…). Le livre du 18e siècle est un objet qui vit, qui respire, parce qu’il est fait de matériaux naturels : cuir, fibres végétales ... On ressent la main de l’homme, son travail à travers l’objet, et son esprit à travers les mots, les gravures … Tout s’entremêle comme les parties d’un corps ; le visible et l’invisible communiquent et ouvrent de nouvelles portes de l’âme.
Les livres reflètent des facettes, parmi une infinité, du diamant de notre esprit, et ceux du 18e siècle des aspects de celui-ci qui méritent d’être redécouverts : où la main est aimée par la pensée, et la pensée par la main, celles (la main et la pensée) qui ouvrent le livre, et celles qui le créent, l’écrivent et le façonnent.
 
descriptiondunlivreancien700.jpgdescriptiondunlivreancieninterieur700.jpg
Par la mesure de l'excellence




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Jeudi 20 décembre 2007
L'histoire du livre occupe une longue part de l’Histoire avec un grand ‘H’ que l'on fait commencer à l'avènement de l'écriture.

Certains font remonter les premiers livres à la haute Antiquité avec les tablettes d’argile ou de pierre ; d’autres à la fin de l’Antiquité avec l’abandon progressif du volumen (rouleau en papyrus ou parchemin) pour le codex (ensemble de feuillets reliés au dos) que le Moyen-âge utilise presque exclusivement en joignant entre elles des feuilles de parchemin. Les peaux de dizaines de moutons sont nécessaires à la réalisation d’un seul livre.
Ce sont des ouvrages de luxe entièrement écrits à la main, parfois enluminés d’ornements et illustrés de miniatures, et dont les reliures peuvent être serties de joyaux ou d’autres éléments affirmant leur valeur.

Le papier apparaît au XIIe siècle. Il se généralise peu à peu, surtout avec l’avènement de l’imprimerie grâce à Gutenberg dès 1450. Les premiers livres imprimés (jusqu'à février 1501) sont appelés des "incunables" (du latin incunabulum : berceau) ; ceux qui suivent des ouvrages modernes. Les incunables n'ont souvent ni page de titre, ni date ; ce qui rend leur identification difficile.

Par contre dater un livre ancien est relativement aisé ; car cette datation est confortée par de très nombreux éléments.
Le premier aspect à prendre en compte est la date de publication indiquée généralement au bas de la page de titre, ou bien au "colophon" (à la fin) pour les livres de la fin du XVe siècle et du début du XVIe.
Le second élément, qui est souvent le premier car constituant l’approche initiale d’un livre, est la reliure. Aux XVe et XVIe siècles elle est souvent en parchemin ou vélin. Une reliure du XVIIIe siècle se différencie très nettement d’une du XIXe. Il suffit d’en comparer une dizaine des deux périodes pour s’en rendre compte. Sous l'ancien Régime, la plupart des reliures sont en pleine peau. Avec la Révolution et la pénurie de cuir, se généralisent les demi-reliures (dos en cuir, mais carton et papier marbré pour les plats). Le travail du relieur des XVIIe et XVIIIe siècles est très spécifique et le plus souvent particulièrement abouti. Parfois les plats, et presque toujours le dos des ouvrages en cuir, sont ornés de décors dorés, mélanges d'encadrement, de dentelles ou de fers à motif particuliers.

Le contenu est de toute première importance : le texte, les gravures, le papier aussi. Ce dernier a ses caractéristiques suivant les périodes de sa confection. Jusqu’au début du XIXe siècle, il est produit à partir de chiffons de lin ou de chanvre. Sa préparation donne un aspect vergé caractéristique et facilement décelable à la lumière. En transparence, on peut sur certaines feuilles identifier un filigrane qui est un motif (dessin, texte …) distinctif du lieu de fabrication. Enfin, la qualité de la pâte, son épaisseur … ont leur importance. Tous ces éléments viennent confirmer la datation d’un livre. Ensuite d’autres aspects s’ajoutent pour en évaluer sa valeur. Mais nous verrons cela dans un autre article.
 

Reliures-L-Intersigne-.jpg

Sur la place du livre ancien dans le monde contemporain, notons les intéressants articles d’Alain Marchiset (Président d'honneur du SLAM : Syndicat de la librairie ancienne et moderne)
comme celui intitulé : Quel avenir pour le livre ancien ? 

Par la Mesure de l'excellence

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Jeudi 20 décembre 2007

La valeur d’un livre est fonction de très nombreux critères.

Il y a tout d’abord l’aspect sentimental ou intellectuel : l’ouvrage qu’on amènerait dans une île déserte. Ensuite, cela dépend de ce que l’on recherche. Enfin il y a des valeurs communes : ancienneté, qualité de la fabrication, rareté …

S’agit-il d’une première édition, d’une édition du temps de l’auteur, ou d’une édition r
are et appréciée ?

Les gravures sont-elles des premières éditions, de l’époque du grave
ur ; quelle est leur qualité ; de qui sont-elles … ?

Certains amateurs accordent une import
ance toute particulière à la reliure ; surtout lorsqu’elle provient d’ateliers réputés, ou si elle est riche et travaillée (maroquin, dorures …).

La provenance de l’objet a son importance. Elle peut se lire dans l’ex-libris à l’intérieur (vignette du possesseur collée sur une page de garde ou nom écrit sur la page de titre) ou sur les armoiries (le chiffre) se trouvant sur la reliure. Un livre provenant de la bibliothèque d’un personnage célèbre voit sa valeur décuplée.

Le livre conserve une âme, intangible par nature et bien vivante qui nous semble encore plus là quand on tient dans ses mains une édition d
u temps de l’auteur. Les matériaux eux-mêmes qui le constituent à cette époque (papier chiffon, cuir…) ont une vie et ont besoin de respirer. Ils ont surtout la nécessité d’être lus et aimer … 
Le livre nous invite à contempler cette âme, ce morceau de savoir, directement, tel le doigt qui désigne et sur lequel il ne faut pas s’arrêter si on souhaite voir ce qu’il montre. C’est pour cela peut-être que contrairement à la plupart des autres arts du 18e siècle ceux liés aux livres ont gardé une certaine sobriété.

Les reliures les plus sophistiquées sont souvent plutôt simples se caractérisant avant tout par la qualité du cuir, du travail et les fines dorures qui peuvent agrémenter l’ouvrage. Les gravures en pleine page ou les vignettes et autres culs-de-lampe des corps d’ouvrages sont généralement délicats et assez discrets.  Il s’agit là d’une autre facette de la beauté des arts du 18e siècle, celle d’un temps emprunt de connaissance et de sensibilité. Le livre est aussi un objet sensible qui doit être abordé avec intelligence, le support de cette finesse nécessaire à tout savoir car nous permettant de comprendre l’autre. Cette lumineuse sensibilité profondément inscrite dans la culture courtoise (fin’amor en ancien français) se retrouve dans toutes les facettes de la vie sociale d’alors : la politesse, l’élégance, l’amour, la culture, les sciences … autant d’éléments chers à cette époque férue de clarté, de discernement, en ce siècle des Lumières. On retrouve cette sensibilité s’exprimant de façon toute autre, en offrant différentes facettes de cette beauté, dans la Porcelaine, l’Orfèvrerie, la Peinture et tous les Beaux-arts d’alors.

Le livre ancien est un objet de savoir dans lequel l’esprit peut se ressourcer, trouver les fondations solides de sa matière, puiser dans la limpidité lumineuse de la connaissance.  

Il y a beaucoup d’autres aspects qui font la valeur d’un livre ancien. Evidemment le contenu est d’une grande importance. Certains ouvrages n’ont pas été réédités, ou pas depuis longtemps. Et même s’ils l’ont été régulièrement, des changements ont été faits pour en faciliter la lecture. Ainsi plus on remonte dans le temps, plus l’orthographe change, la typographie ... Les signifiants et les signifiés se bousculent, et on entre dans de la pure poésie … la Littérature … qui a fabriqué notre monde et
le façonne toujours à travers les mots (et les chiffres).

Cependant, le Verbe reste une invention humaine et par là garde sa liberté. C’e
st aussi un héritage commun, un outil de rassemblement, de communication et d’amour. Les Précieuses du XVIIe siècle, dont nous parlerons dans un prochain article, sont parmi les inventeurs de notre français moderne. Elles discouraient pendant des heures sur le bon emploi de certains mots, en créaient d’autres, avec pour thème récurrent : l’Amour. Leurs salons et académies donnèrent au cardinal de Richelieu l’idée de créer l’Académie française et son dictionnaire.

Pour connaître la valeur d’un livre, une certaine culture est donc nécessaire. Quant à la valeur proprement marchande, elle prend en compte tout cela, mais aussi le nombre de collectionneurs s’y intéressant en fonction de la rareté et d’autres données uniquement pécuniaires. Nous verrons dans un prochain article les différents éléments qui constituent un livre du XVIIIe siècle et qui permettent de le décrire.


Par la mesure de l'excellence.

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Samedi 15 décembre 2007
Je fais comme tout le monde, je vous aide à exploser votre budget livres pour Noël. Bien entendu, rien ne vous oblige à les acheter, faites les vous offrir c'est tellement mieux. Je me suis intéressé plus particulièrement aux  livres qui  traitent du sujet de Noël .
Sans l'avoir lu, ce livre a  retenu mon attention :
cantiques-de-noel-dickens-copy-copie-1.jpg

D'abord l'objet lui même est beau. Puis ce sont des cantiques de Noel .
Ils nous permettent de partager un moment particulier de l'année. La naissance du Christ. Je ne sais pas si chez vous on chante encore Noël mais chez moi ça fait longtemps qu'on a oublié de le faire. Pour cette année je proposerai donc à toute ma famille de chanter.
Je me demande comment cette initiative va être accueillie?

CANTIQUE DE NOEL (DICKENS Charles - DORE Gustave) 1946

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Jeudi 13 décembre 2007
Nous avons accueilli dernièrement  à Metz le "Salon des antiquaires", j'y ai participé. Ce fut un moment sympathique de partage où j'ai pu rencontré des passionnés comme moi. Quel plaisir de  d'échanger des points sur les thèmes qui nous passionnent. Metz est une belle terre d'échange et je n'en avais jamais pris conscience.  Parmi ces rencontres un jeune homme  qui fait ses études  en histoire à Metz me demanda comment on devient un libraire de livre ancien? La question était posée et je n'y voyais pas de réponse à part à lui expliqué mon cas personnel et ceux de mes amis. En fait ce qui  nous rassemble tous, le point commun à cette activité c'est la  passion. Après je me suis dit  que j'avais un livre là dessus et que finalement ce serait bien d'en parler un peu.

MANUEL DE L'ANTIQUAIRE, DE L'AMATEUR ET DU COLLECTIONNEUR (SCHLEICHER Adolphe)

Parce que toute l'expérience, le savoir que j'avais acquis, je l'avais appris des livres eux-mêmes. Ils m'expliquaient ce qu'ils étaient, j'avais les outils pour les comprendre. Ma première rencontre fut en somme le livre lui même. Alors voila un livre qui date de 1926 et qui donne d'excellents conseils sur le métier que je pratique aujourd'hui: libraire de livres anciens.

Je voulais également aggrémenté cet article par quelques photos de Metz. J'espère que vous apprécierai.

Livrement vôtre



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par Livres et rares publié dans : Régionalisme Lorrain communauté : Bibliophile et bédéphile
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