Dimanche 29 juin 2008
services à la personne, ménage, repassage , baby-sitting , aide à domicile , cesu , a domicile , chèque emploi service ,
Entretien de la maison et travaux ménagers . par ces activités on entend le ménage, le 
repassage, le dépoussièreage, le lavage du linge, l'entretien des vitres, le lavage de la vaisselle, 
l'entretien des sols, l'essuyage des meubles; le vidage des poubelles, etc. on ajoute souvent à ces 
activités les petits travaux de couture tels le raccommodage.

Par Livres et rares
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Samedi 28 juin 2008
Je me demandais  si quelques photos de livres  vous intéresserai?
Par Livres et rares - Publié dans : Photos de livres - Communauté : Bibliophile et bédéphile
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Samedi 28 juin 2008
J'ai pensé que mettre ce blog sur un annuaire serait une bonne idée. Alors non content de l'inscrire je réalise la démarche jusqu'au bout en mettant un lien. Un ami m'a dit que c'est un site sérieux, je vais lui faire confiance. Il y a déjà quelques confrères qui tiennent  des librairies.
Ne rechignons pas à partager  nos idées. Bonne continuation à webrankinfo, j'espère que sa catégorie livres rares s'enrichira de nouveaux adeptes.
Par Livres et rares - Publié dans : Livres etc. - Communauté : Livres anciens
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Samedi 28 juin 2008
Commencer une bibliothèque, c'est facile, on achète un livre puis deux, on en récupère à droite à gauche. Bref on fait un peu le tour de ce que l'on connait en thème, en lieu de vente.Les premiers livres on les bichonne, on les cire, on les regarde des heures, on se délecte de leur histoire.
Puis vient le temps du stockage.Un livre ça prend de la place. On a beau dire : "Je vais mettre une étagère ici", puis en vient une là enfin les murs sont remplis d'étagères et on n'a rien vu venir...

Les livres ça prend donc autant de place?? eh bien oui et c'est pas demain la veille que ça en prendra moins. L'objet livre est à la mesure de notre taille, de notre vue, il est dimensionné.
Voilà ensuite le temps de la mémoire. Mais où ai-je mis ce livre? La dernière fois il était là j'en suis sur. Ou encore "C'est sûr ce livre je l'ai acheté en 92 chez un broc à Mulhouse. Je m'en souviens le type avait une barbe incroyable."
Alors pour pallier à nos lacunes, l'ordinateur c'est pas mal du tout. En flanant sur la toile, j'ai trouvé un site très sympa et qui propose des logiciels de gestion de bibliothèque adapté à chacun. Vous pouvez vous rendre sur la page où se trouve les gestionnaires de bibliothèque en cliquant sur le lien suivant : http://www.100antiquebooks.com/index.php?dlm/1.

Par Livres et rares - Publié dans : Livres etc. - Communauté : Bibliophile et bédéphile
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Vendredi 27 juin 2008

"La Bible m'attachait, et je revenais souvent à elle. Dans nos vieilles traductions, elle s'exprime aussi crûment que les médecins; j'ai été frappée de certaines tournures naïves qui ne me sont jamais sortie de l'esprit. Cela me mettait sur la voie d'instructions que l'on ne donne guère aux petites filles; mais elles se présentaient sous un jour qui n'avait rien de séduisant, et j'avais trop à penser pour m'arrêter à une chose toute matérielle qui ne me semblait pas aimable. Seulement je me prenais à rire quand ma grand'maman me parlait de petits enfants trouvés sous des feuilles de choux, et je disais que mon Ave Maria m'apprenait qu'ils sortaient d'ailleurs, sans m'inquiéter comment ils étaient venus.

 

" J'avais découvert, en furetant par la maison, une source de lectures que je ménageai assez longtemps. Mon père tenait ce qu'on appelait son atelier tout près du lieu que j'habitais durant le jour; c'était une pièce agréable, qu'on nommerait un salon et que ma modeste mère appelait la salle, proprement meublée, ornée de glaces et de quelques tableaux, dans laquelle je recevais mes leçons. Son enfoncement, d'un côté de la cheminée, avait permis de pratiquer un retranchement qu'on avait éclairé par une petite fenêtre; là, était un lit si resserré dans l'espace que j'y montais toujours par le pied, une chaise, une petite table et quelques tablettes; c'était mon asile. Au côté opposé, une grande chambre, dans laquelle mon père avait fait placer son établi, beaucoup d'objets de sculpture et ceux de son art, formait son atelier. Je m'y glissais le soir ou bien aux heures de la journée où il n'y avait personne; j'y avais remarqué une cachette où l'un des jeunes gens mettait des livres. J'en prenais un à mesure; j'allais le dévorer dans mon petit cabinet, ayant grand soin de le remettre aux heures convenables, sans en rien dire à personne. C'était, en général, de bons ouvrages. Je m'aperçus un jour que ma mère avait fait la même découverte que moi; je reconnus dans ses mains un volume qui avait passé dans les miennes; alors je ne me gênai plus, et, sans mentir, mais sans parler du passé, j'eus l'air d'avoir suivi sa trace. Le jeune homme qu'on appelait Coursou, auquel il joignit le de par la suite en fourrant à Versailles instituteur des pages, ne ressemblait point à ses camarades; il avait de la politesse, un tact décent, et cherchait de l'instruction. Il n'avait jamais rien dit non plus de la disparition momentanée de quelques volumes; il semblait qu'il y eût entre nous trois une convention tacite.


 

"Je lus ainsi beaucoup de voyages que j'aimais passionnément, entre autres ceux de Renard, qui furent les premiers; quelques théâtres des auteurs du second ordre, et le Plutarque de Dacier.Je goûtai ce dernier ouvrage plus qu'aucune chose que j'eusse encore vue, même d'histoires tendres qui me touchaient pourtant beaucoup, comme celle des époux malheureux de La Bédoyère, que j'ai présente, quoique je ne l'aie pas relu depuis cet âge. Mais Plutarque semblait être la véritable pâture qui me convînt. Je n'oublierai jamais le carême de 1763 (j'avais alors neuf ans), où je l'emportais à l'église en guise de Semaine sainte. C'est de ce moment que datent les impressions et les idées qui me rendaient républicaine, sans que je songeasse à le devenir.

 

"Télémaque et la Jérusalem délivrée vinrent un peu troubler ces traces majestueuses. Le tendre Fénelon émut mon coeur, et le Tasse alluma mon imagination. Quelquefois je lisais haut, à la demande de ma mère: ce que je n'aimais pas; cela me sortait du recueillement qui faisait mes délices, et m'obligeait à ne pas aller si vite; mais j'aurais plutôt avalé ma langue que de lire ainsi l'épisode de l'île de Calypso, et nombre de passage du Tasse. Ma respiration s'élevait, je sentais un feu subit couvrir mon visage, et ma voix altérée eût trahi mes agitations. J'étais Eucharis pour Télémaque, et Herminie pour Tancrède; cependant, toute transformé en elles, je ne songeais pas encore à être moi-même quelque chose pour personne; je en faisais point de retour sur moi, je ne cherchais rien autour de moi; j'étais elles et je ne voyais que les objets qui existaient pour elles; c'était un rêve sans réveil...

d'après Albert Cim, LE LIVRE,Paris,Ernest Flammarion,1923
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Dimanche 22 juin 2008

Au début de ses Confessions, Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778) évoque en ces termes les ineffaçables souvenirs de ses premières lectures, faites à Genève, en compagnie de son père: "Je ne sais comment j'appris à lire; je ne me souviens que de mes premières lectures et de leur effet sur moi: c'est le temps d'où date sans interruption la conscience de moi-même. Ma mère avait laissé des romans; nous nous mîmes à les lire après souper, mon père et moi. Il n'était question d'abord que de m'exercer à la lecture par des livres amusants; mais bientôt l'intérêt devint si vif, que nous lisions tour à tour sans relâche, et passions les nuits à cette occupation. Nous ne pouvions jamais quitter qu'à la fin du volume. Quelquefois mon père, entendant le matin les hirondelles, disait, tout honteux: "Allons nous coucher; je suis plus enfant que toi".... Plutarque surtout devint ma lecture favorite. Le plaisir que je prenais à le relire sans cesse me guérit un peu des romans;"etc.

 

Dès son bas âge, Mme ROLAND (1754-1793) témoigna le goût le plus vif pour la lecture. Ainsi que son maître Rousseau, elle ne sait plus comment elle apprit à lire:

 

"Vive sans être bruyante, et naturellement recueillie, je ne demandais qu'à m'occuper, écrit-elle dans ses Mémoires, et saisissais avec promptitude les idées qui m'étaient présentées. Cette disposition fut mise tellement à profit que je ne me suis jamais souvenue d'avoir apprit à lire; j'ai ouï dire que c'était chose faite à quatre ans, et que la peine de m'enseigner s'était, pour ainsi dire, terminée à cette époque, parce que, dès lors, il n'avait plus été besoin que de ne pas me laisser manquer de livres. Quels que fussent ceux qu'on me donnait ou dont je pouvais m'emparer, ils m'absorbaient tout entière, et l'on ne pouvait plus me distraire que par des bouquets. La vue d'une fleur caresse mon imagination et flatte mes sens à un point inexprimable; elle réveille avec volupté le sentiment de l'existence. Sous le tranquille abri du toit paternel, j'étais heureuse dès l'enfance avec des fleurs et des livres....Dans l'étroite enceinte d'une prison, au milieu des fers imposés par la tyrannie la plus révoltante, j'oublie l'injustice des hommes, leurs sottises et mes maux, avec des livres et des fleurs...

 

"Avec les livre élémentaires dont on avait soin de me fournir, j'épuisai bientôt ceux de la petite bibliothèque de la maison. Je dévorais tous, et je recommençais les mêmes lorsque j'en manquais de nouveaux. Je me souviens de deux in-folio de Vies des Saints, d'une Bible de même format en vieux langage, d'une ancienne traduction des Guerres civiles d'Appien, d'un Théâtre de la Turquie en mauvais style, que j'ai relus bien des fois. Je trouvai ainsi le Roman comique de Scarron et quelques recueils de prétendus bons mots, que je ne relus pas deux fois; les Mémoires du brave de Pontis, qui m'amusaient, et ceux de Mlle de Montpensier, dont j'ai assez la fierté, et quelques autres vieilleries, dont je vois encore la forme, le contenu et les taches. La rage d'apprendre me possédait tellement, qu'ayant déterré un Traité de l'Art héraldique, je me mis à l'étudier; il y avait des planches coloriées qui me divertissaient, et j'aimais à savoir comme on appelait toutes ces petites figures: bientôt j'étonnai mon père de ma science en lui faisant des observations sur un cachet composé contre les règles de l'art; je devins son oracle en cette matière, et je ne le trompais point. Un petit Traité des contrats me tomba sous la main; je tentai aussi de l'apprendre, car je ne lisais rien que je n'eusse l'ambition de le retenir; mais il m'ennuya, je ne conduisis pas le volume au quatrième chapitre.

d'après Albert Cim, LE LIVRE,Paris,Ernest Flammarion,1923
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Jeudi 19 juin 2008

Et plus loin:

 

"Mon but principal était d'acheter des livres...J'accourus donc bien vite à Paris et plus vite encore chez les libraires. Mais l'argent que j'avais destiné à m'approvisionner dans leurs boutiques fut bientôt épuisé...Tout l'argent que j'avais pu ramasser, en le dérobant à mes autres plaisirs, les libraires de la rue Saint-Jacques me l'enlevaient jusqu'au dernier sou. D'où il advint que, durant toute cette époque de ma jeunesse, mon escarcelle, presque toujours vide, ne logeait que des araignées. Au contraire, ma bibliothèque était si bien remplie, qu'elle n'avait pas son égale dans tout le pays, ni pour le choix, ni pour le nombre des livres. Ce choix consistait dans les écrivains de l'antiquité, qu'avant tout j'avais voulu posséder. D'ailleurs, je n'attachais pas la moindre importance à la reliure, qu'elle fût en parchemin ou en maroquin; je laissais ce luxe aux publicains et aux banquiers. Plus tard, quand je pus me rendre la justice de n'avoir point amassé tant de livres par une vaine ostentation, mais uniquement pour en faire usage, je me souciai peu de les entretenir propres. Si je trouvais, en lisant, quelque chose qui valût la peine d'être noté, soit pour la correction du texte, soit pour l'éclaircissement des passages, je le notais à la marge. Une pensée toutefois m'obsédait: ce travail de tant d'année, me disais-je, cette masse de volumes rassemblés à si grand frais pour le plaisir ou l'aliment de mon esprit, seront dispersés un jour, ou retourneront dans les boutiques des libraires, ou tomberont dans les mains des sots. Cette idée m'épouvantait, et pour empêcher qu'elle ne se réalisât, je pris une mesure dont il sera parlé dans la suite."

 

Ne quittons pas l'évêque Huet sans rappeler l'influence qu'eurent, sur son caractère et sa santé, sa vie studieuse et sédentaire, son absorbante et exclusive passion pour les livres et la lecture.

 

"...Puisque j'ai commencé de donner l'histoire de mes études, j'ajouterai ceci, que je suis plein de reconnaissance pour la grâce singulière que j'ai reçue de Dieu, ayant été formé par lui de telle sorte, que, non seulement pendant que j'étais jeune et vigoureux, mais encore depuis que je suis affaibli par l'âge, je n'ai jamais la moindre fatigue de mes lectures continuelles, de mon existence sédentaire, et du prolongement de mes veilles. Jamais je ne succombai à l'ennui; jamais la pâleur de l'oisiveté ne flétrit mon visage; je quittais mes livres toujours frais et dispos, même après six ou sept heures de contention d'esprit. Souvent même alors j'étais gai et chantais à moi et aux Muses, contrairement à la plupart qui quittent le travail tristes et épuisés. Il me paraît donc que la race des médecins ne fait pas preuve d'un grand jugement, lorsqu'elle pose en principe général que les forces du corps s'affaiblissent dans l'inaction, se nourrissent et se fortifient par le mouvement. Combien ai-je connu d'hommes de lettres qui arrivèrent avec une santé ferme jusqu'à la vieillesse! Je voyais souvent étant jeune, le docte Jacques Sirmond, alors presque centenaire, mais dont le corps était sain, quoiqu'il ne lui donnât point d'exercices. Je le trouvais, pour ainsi dire, couché parmi ses livres, rarement sorti, et ne prenant de relâche (si l'on peut employer ce mot dans le cas dont il s'agit) que ce qu'en exigeaient ses entretiens avec ses amis sur des matières sérieuses et de littératures. Combien ai-je vu de vieillard décrépits, mais en bonne santé, suivre le barreau, ou passer leurs jours dans la pieuse, uniforme et constante tranquillité du cloître! Combien d'artisans dont la vie est recluse! Au contraire, que de laboureurs, de chasseurs, de voyageurs, d'hommes de cheval, de maîtres d'armes, de maîtres de danse et autres, dont les professions exigent du mouvement, qui, fatigués, usés avant le temps par un exercice continuel, livrent à la vieillesse un corps infirme et impotent!"

d'après Albert Cim, LE LIVRE,Paris,Ernest Flammarion,1923
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Jeudi 19 juin 2008

Voici quelques-un des curieux détails que l'évêque Huet nous donne, dans ses mémoires, sur ses premières lectures et son irrésistible penchant pour les livres et les Lettres :

 

"...Devenu plus grand, quoique encore très enfant, je fus mis aux Jésuites de collège de Mont-Royal, à Caen. J'y étudiai cinq ans les Belles-Lettres, et trois ans la philosophie. Mais si les Pères ne m'eussent vivement poussé, encouragé, soutenu, tout ce qu'il pouvait y avoir de bon en moi eût été détruit par les mauvais exemples que j'avais à la maison. Car, comme ma passion pour les Lettres excitait l'envie de mes cousins, ils ne négligeaient rien de ce qu'ils croyaient pouvoir troubler mes études. Ils me volaient mes livres, déchiraient mes cahiers, les trempaient dans l'eau ou les frottaient de suif afin qu'il me fût impossible d'y écrire. Ils fermaient les portes de notre chambre, de peur que, tandis qu'ils joueraient, je ne m'y cachasse avec un livre, ainsi qu'ils m'avaient surpris plusieurs fois à la campagne, pendant les vacances d'automne. Regardant comme un crime de toucher seulement à un livre, ils exigeaient qu'on passât les journées entières à jouer, à chasser, ou à se promener. Pour moi, porté vers des plaisirs d'un autre genre, je m'esquivais au lever du soleil, et comme ils dormaient encore; puis, m'enfonçant dans les bois, je m'arrêtais à l'endroit le plus sombre et le plus commode pour lire et étudier, à l'abri de leurs regards. De leur côté, après m'avoir longtemps cherché, traqué, cerné, ils m'expulsaient de mon gîte, soit en me jetant des pierres ou des mottes de terre mouillée, soit en me lançant de l'eau avec un tube à travers les branches. Mais autant leur envie et leur méchanceté opposaient d'obstacles à mes efforts, autant ces mêmes efforts se développaient, se soutenaient par le désir infini d'apprendre, que la nature m'avait inspiré. Tel est même l'empire que cette passion a exercé sur moi dès ma naissance, que, si prêt d'ailleurs à céder à d'autres la gloire dans les Lettres, je ne le cède à personne en amour constant, incroyable pour elles; j'ai le droit, je pense, et je le déclare franchement, de revendiquer ce genre de mérite: il est un des principaux bienfaits que Dieu m'a si libéralement répartis; c'est grâce à mon assiduité à l'étude, à mes nobles soucis, que je n'ai point eu de peine à me préserver des excès de l'adolescence et des vices de la jeunesse, quoique j'y aie été depuis trop souvent entraîné par les courants d'une nature impétueuse et par la fougue d'un caractère rebelle et singulièrement éveillé.

 

" De ce goût imperturbable pour les Lettres et de l'étude continuelle des choses qui en sont l'objet, je conclus que, parmi une foule d'autres avantages que j'y ai acquis, je dois faire état principalement de celui-ci, à savoir: que je n'ai jamais senti ce dégoût de la vie ni cet ennui des hommes et des choses, dont, en général, on a coutume de se plaindre plus que de raison, et que la plus grande de toutes mes pertes ayant toujours été le temps, j'ai toujours aussi tâché de la réparer à force de diligence et d'opiniâtreté dans le travail. Je me souviens que, ayant à peine quitté la mamelle, et ne sachant pas même encore mes lettres, s'il m'arrivait d'entendre quelqu'un lire un conte, je portais une envie extrême à cette personne-là, me figurant mille plaisirs, du moment que je pourrais de moi-même, et sans l'aide d'autrui, lire et m'amuse comme elle. Plus tard, ayant su le faire, mais n'ayant point encore appris à écrire, si je voyais quelqu'un ouvrir et lire une lettre, je pensais combien il me serait agréable de communiquer et de causer de même avec un camarade."

d'après Albert Cim, LE LIVRE,Paris,Ernest Flammarion,1923
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Mardi 17 juin 2008

On connaît la force, la vitalité, la persistante influence des impressions reçues durant l'enfance et au seuil de la jeunesse. Au point de vue qui nous occupe, au point de vue des livres et de la lecture, l'existence entière peut se ressentir de ces premières fréquentations intellectuelles et de ces premières manifestations du goût. Aussi nous a-t-il paru intéressant de relever quelques-uns de ces témoignages.

 

Tout d'abord, comment lit-on à treize, quatorze ou quinze ans, voire à dix-huit, vingt ou vingt-cinq? Comment, à ces âges, apprécie-t-on un livre, et quel fruit peut-on, d'ordinaire, retirer de ses lectures?

 

"Quand on est jeune, atrès justement écrit la bibliographe Alfred DE MARTONNE (1820-....), on a nul souci de la forme du livre; qu'il soit beau ou laid, bien ou mal relié, peu importe. On se moque des éditions rares, des textes curieux, des livres de prix. On ne s'occupe que de l'idée et surtout du sentiment. On n'a cure que de ce qui plaît au coeur, et touche et émeut. Foin de l'esprit et des belles dorures! Il n'y a pas de bibliophile de vingt ans. Quand on est jeune, on ne sait pas relire un livre. À peine sait-on le lire. On le dévore, et , pour bien juger un livre, il faut le relire et à différentes époques de sa vie. Il y a, comme cela, des livres qui sont un thermomètre de l'esprit ou plutôt du coeur."

 

"Il n'y a pas de bibliophile de vingt ans": voilà, en effet, une vérité quasi absolue, une sorte d'axiome. À vingt ans, le sentiment prime le raisonnement, prime tout. On a hâte de tout voir, de tout connaître, de tout lire, de tout feuilleter plutôt; ceux-là sont rares qui, à cet âge heureux, relisent sans y être contraints, soit par un besoin du coeur, soit par manque de livres nouveaux, de livres non encore lus ou parcourus.

 

Nous verrons du reste plus loin, en parlant des livres anciens et des livres nouveaux, que les jeunes lecteurs n'aiment guère remonter au delà de leur époque et se plaisent surtout avec leurs contemporains.

 

 

L'évêque d'Avranches HUET (1630-1721), "l'homme qui a peut-être le plus lu", éprouva, dès sa petite enfance, cette ardente passion qu'il manifesta toute sa vie pour les livres et pour la lecture. "L'amour de l'étude prévint en lui, écrit son biographe, l'abbé d'Olivet, ne disons pas tout à fait la raison, puisque nous ignorons quand elle commence, mais au moins l'usage de la parole. "À peine, dit-il, avais-je quitté la mamelle, que je portais envie à ceux que je voyais lire."

d'après Albert Cim, LE LIVRE,Paris,Ernest Flammarion,1923
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Lundi 16 juin 2008
Ils alignent leurs dos vêtus de cuirs divers
Où luit l'empreinte d'or des fleurons et des titres;
Serrés sur les rayons, côte à côte, à travers
La clarté miroitante et bleuâtre des vitres,
Ils alignent leur dos vêtus de cuirs divers.
 
Les maroquins grenus et fins semblent du marbre;
Les veaux polis ont la douceur souple des mains;
Les chagrins sont rugueux comme une écorce d'arbre.
Et parmi la candeur lisse des parchemins,
Les maroquins grenus et fins semblent du marbre.
 
Aux uns, le rouge ardent et les riches couleurs;
Aux autres, la douceur des teintes assorties,
Le bleu tendre, le vert et ses glauques pâleurs,
L'indécision des nuances perverties
Qui dérivent du rouge et des riches couleurs.
 
O livres, confidents de la pensée humaine,
Gardiens silencieux de trésors amassés,
Il est des heures où la fatigue ramène
Les coeurs pris de tristesse et les esprit lassés
Aux livres confidents de la pensée humaine.
 
Car entre leurs feuillets sommeille le parfum
De rêve confiés et d'intimes détresses,
De voeux inexaucés; et c'est là que plus d'un
Mit ses plus chers espoirs, ses meilleures tendresses
Qui montent des feuillets comme un vivant parfum.
 
C'est vers eux qu'on s'en vient encore aux heures lentes
Lorsque, pris du dégoût des hommes coudoyés
Et de l'écoeurement des choses ambiantes,
On appelle l'essor des rêves éployés;
C'est vers eux qu'on revient toujours aux heures lentes;
 
Et l'esprit allégé fuit sur l'aile des mots,
Trompant ainsi l'ennui des traînantes journées;
Dans un oubli voulu du réel et des maux,
Au froissement fébrile des pages tournées,
L'esprit allégé fuit sur les ailes des mots.
 
Henri de Régnier (1864-1936)
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